les vertus de la guerre



Les efforts pour promouvoir la paix là où les hommes n’ont pas une idée précise de la guerre sont comparables aux travaux des danaïdes, donc une tâche vaine. La paix ne se décrète pas, elle s’installe d’elle-même. C’est souvent le résultat d’un compromis tacite à l’issue d’affrontements sanglants ou de rivalités implacables, et entretenu par la crainte de leur résurgence. Les longues périodes de paix sont souvent le corollaire logique des guerres les plus violentes. Autrement, plus la guerre est atroce et plus les hommes, marqués par les horreurs sont enclins à une paix durable.
Ce raisonnement, apparemment empreint de sadisme et que d’aucun trouveront cynique, recèle pourtant des vertus immenses pour peu qu’on se montre perspicace.
Au lendemain de la deuxième guerre mondiale, nombreuses ont été les élites, qui tablaient sur une paix pérenne à travers une coopération fonctionnelle et institutionnalisée. L’idée qu’une interpénétration croissante des intérêts pourrait annihiler toute propension belliciste et serait donc gage de paix obtenait un très vaste consensus. Toute une myriade d’institutions trouvèrent le jour dans le cadre des nations unies. Des organisations régionales intégrationnistes prolifèrent à un rythme hallucinant. Mais, bien des décennies plus tard, pour quelques uns de ces « penseurs » la désillusion fut totale, sauf pour les plus obtus et butés, malheureusement majoritaires. Si les affrontements directs entre Etats parties à une même organisation ont connu une régression irréfutable, en Afrique les conflits vont prendre une nouvelle orientation. Désormais c’est des mouvements rebelles ou autres organisations séditieuses encouragées par l’Etat voisin pour éroder le pouvoir en place qui vont proliférer.
L’autre illusion consiste à croire qu’il suffit d’organiser une rencontre entre les antagonistes ou adopter des résolutions dans les enceintes des nations unies pour que la paix s’installe définitivement. De telles solutions apparaissent tel un cautère sur une jambe de bois face à la complexité de ce phénomène qu’est la guerre. Les accords de camp David, la rencontre de marcousis, … et toutes ces résolutions stériles du conseil de sécurité apportent la parfaite illustration.
En réalité, partout ailleurs les guerres n’ont jamais cessé et l’ONU est submergée par la tâche à abattre. Aux sempiternels foyers de tension qui s’apparentent à d’authentiques volcans, alternant entre éruption et bonasse comme : Israël- Palestine ; Inde – Pakistan ; la corne de l’Afrique, Irak s’ajoutent d’autres plus récents : Kosovo, Côte- d’ivoire, sans oublier peut –être les signes avant- coureur d’un prochain Iran ou Corée du Nord. La liste est infinie.
Les hommes peinent encore à s’arrimer à cette évidence que la fin d’une guerre vient de l’usure morale des belligérants et de la répulsion que provoque l’hécatombe. Ce n’est qu’après cette étape que le besoin de paix germe dans les esprits. Si la paix résulte uniquement d’un accord, elle est nécessairement une paix fourrée car l’enjeu de l’accord n’étant jamais éternel, sa disparition exhume inévitablement les vielles rancunes et le cycle de la violence reprend son cours normal.
L’Europe peut pavoiser aujourd’hui. Elle se gargarise naïvement d’une paix qu’elle pense avoir construit par la mise en place de la communauté. Mais c’est ignorer que le pacifisme Allemand énorme contraste avec son bellicisme de l’époque hitlérienne, ne trouve pas sa seule inspiration dans la construction européenne. L’Allemagne, de même que la France perçoivent avec netteté la préciosité de la paix, d’où leur zèle au sein de l’union européenne. Cette paix trouve moins sa force dans les gains économiques de la coopération que dans les souvenirs amers des désastres humain, économique et matériel de la seconde guerre mondiale.
On est sidéré aujourd’hui du stoïcisme et de la longanimité qu’affiche le Japon face aux critiques caustiques de la Chine sur son passé impérialiste. Le japon renonçant définitivement à toute politique belliciste est bien conscient de l’avantage qui s’ y dégage. C’est dire combien la guerre porte en elle-même des vertus de paix.
Les Etats- unis, intervenus bien plus tard dans la seconde guerre mondiale aux côtés des alliés pour porter l’estocade à l’alliance adverse déjà très alanguie par les nombreuses batailles n’ont pas réellement subi les effets dévastateurs de la guerre. Surtout que ces affrontements se sont déroulés en dehors de son territoire. Et, si en dépit des revers essuyés au Vietnam , les Etats- unis s’obstinent dans des expéditions punitives aux relents messianiques , c’est bien sûr parce que l’échec du Vietnam n’avait pas entraîné des conséquences suffisamment désastreuses au niveau interne au point d’appeler un plan MARSHALL pour sa reconstruction. Les attentats du 11 septembre ont trouvé une Amérique très riche qui a effacé les décombres des deux tours comme par un tour de magie et pleuré ses victimes en une journée.
Outre la paix, l’autre vertu de la guerre, c’est la croissance économique. A ce titre on pourrait dire que les deux grands bénéficiaires de la seconde guerre mondiale sont aujourd’hui le Japon et l’Allemagne. Ces deux pays ont atteint aujourd’hui par des moyens pacifiques l’objectif principal qu’ils poursuivaient par la guerre : la puissance économique. Ils sont respectivement deuxième et troisième puissances économiques mondiales, et pourtant les plus touchés par la guerre. L’étape de la guerre était donc la condition indispensable, jetant les bases d’une paix durable et détournant les énergies des objectifs militaires pour les orienter vers la production et la compétition économique.
Alors, ceci reviendrait-il à encourager l’indifférence de la communauté internationale sur les conflits en Afrique ? Est-ce la solution à substituer aux multiplications délirantes des médiations et bons offices qui s’apparentent bien plus à des ripailles entre chefs d’Etat qu’à des moments de réflexion ? en tout cas, l’ébauche d’un dénouement de la crise ivoirienne, tient plus à l’exaspération du peuple ivoirien lui-même de ces rixes interminables qu’aux décisions prises autour de bouteilles de champagne à Ouagadougou.
Mérick freedy ALAGBE
Etudiant en DEA science politique et relations internationales.
Université Jean Moulin Lyon

Commentaires